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C’est dire l’importance du rôle d’intermédiaire joué par le genre : des distinctions linguistiques fines entre le genre et la généricité, entre les « genres textuels » et les « genres discursifs » (Adam 2012), entre les genres et les hypergenres ou entre les « genres conversationnels » et les « genres institués » (Maingueneau 2007) permettent d’articuler le texte avec les discours, les grandes configurations culturelles et les formations socio-historiques.\nSouhaitant analyser la manière dont la prise en compte des genres influe sur la conception de la textualité et conduit l’interprète à interpréter un texte particulier, nous ferons dialoguer les points de vue de la linguistique et de la poétique avec celui de la sémiotique, dont nous testerons la capacité à orchestrer ces différents points de vue. Au départ, on peut rappeler la définition du genre proposée par Fontanille (1999 : 159-187) : le genre obéit à un principe de congruence interne et met en œuvre un ensemble de catégories générales et constantes ; les choix attribués à la praxis énonciative reposent sur des critères « typiques », qui sont fonction des autres genres dans une culture donnée. Projeter les étapes d’un « syntagme définitionnel », c’est, d’une part, mesurer l’impact des choix faits au niveau de la forme de l’expression sur la forme du contenu et sur les modalités de la représentation et, d’autre part, mettre les valeurs et les régimes de valeurs en relation avec des modalités dominantes définissant des actes de langage typiques (discours incitatifs, persuasifs, d’habilitation et de réalisation).\nMais en quoi la prise en considération du genre institue-t-elle l’interprétation en un parcours ? L’hypothèse directrice est que l’interprétation selon les genres se décline en trois étapes principales. On montrera ainsi que le parcours de l’interprétation met dans le jeu une double logique, centrifuge et centripète : d’abord, le passage du texte au genre implique la définition de régimes « exemplificatifs » ; ensuite, l’interprète adopte le point de vue de l’énonciation en relation avec la praxis énonciative et montre comment les déterminations génériques contribuent au processus de la textualisation ; enfin, le texte et le genre sont évalués à l’aune d’autres paliers du parcours de l’expression selon Fontanille (2008).\nAu gré des différentes parties, les contours quelque peu fuyants de la notion de genre seront précisés : d’abord, à travers la notion d’exemplification ; ensuite, à travers la notion de mode ou de manière ; enfin, à travers la notion de forme de vie, que les sémioticiens ont empruntée à Wittgenstein.\nTout au long de ces trois parties, le modèle interprétatif sera mis à l’épreuve du genre de l’autobiographie et de celui, dissident, de l’auto-sociobiographie selon Annie Ernaux.\nDu texte au genre\n1. 1. Le champ générique et les régimes exemplificatifs\nAu-delà d’un problème qui n’est pas seulement d’ordre terminologique – parlera-t-on de classe (de textes, de discours), de groupe, de famille, de type, de modèle ? –, on peut viser l’opération même du rattachement d’un texte à une catégorie plus générale le subsumant. L’intérêt de la notion d’exemplification (Goodman [1968] 1990 ; Genette 1991 ; Schaeffer 1989) est au moins double. D’une part, on retiendra la notion de propriété ou de marque générique. D’autre part, le potentiel générique n’apparaissant que dans l’interaction entre le texte et l’interprète, l’exemplification comme processus est graduelle et éminemment variable ; on pourra dégager des régimes exemplificatifs.\nD’entrée, le repérage des marques génériques, qui confèrent au genre un certain degré de présence dans le texte, exige la prise en considération de l’« unité textuelle » complexe. 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