[{"data":1,"prerenderedAt":-1},["ShallowReactive",2],{"doc-detail-41980-fr":3,"doc-seo-41980-114":30,"detail-sidebar-cat-0-fr-114":92},{"code":4,"msg":5,"data":6},0,"success",{"doc_id":7,"user_id":8,"nickname":9,"user_avatar":10,"doc_module":4,"category_id":11,"category_name":12,"doc_title":13,"doc_description":14,"doc_content":15,"file_id":16,"file_url":17,"file_type":18,"file_size":19,"view_count":20,"is_deleted":4,"is_public":21,"is_downloadable":21,"audit_status":21,"page_count":22,"language":23,"language_code":24,"site_id":25,"html_lang":24,"table_of_contents":26,"faqs":27,"seo_title":13,"seo_description":14,"update_tm":28,"read_time":29},41980,2336464648746,"Skyler","https://ap-avatar.wpscdn.com/davatar_276721f389ce27ea32af1340a28f341c",59,"Littérature","Svetlana Alexievitch - Conférence Nobel : À propos d'une bataille perdue","Texte de conférence Nobel de Svetlana Alexievitch (prix de littérature 2015) portant sur une « bataille perdue » à travers la parole intime des survivantes et des témoins. Le récit reconstitue l’après-guerre comme un monde de femmes où l’amour, l’attente et le deuil se confondent avec la mort. Trois voix successives traversent la guerre, Tchernobyl et le trauma du meurtre, révélant des effets durables: blessures, radiations, perte des enfants, rêves obsédants et impossibilité de transmettre la souffrance.","Conférence Nobel par Svetlana Aleksiévitch  \nLauréat du Prix Nobel de littérature 2015  \n© LA FONDATION NOBEL 2015  \nLes journaux ont l’autorisation générale  \nde publier ce texte dans n’importe quelle langue après le 7 décembre 2015 17h30 heure de Stockholm. L’autorisation de la Fondation est nécessaire  \npour la publication dans des périodiques  \nou dans des livres autrement qu’en résumé . La mention du copyright ci-dessus  \ndoit accompagner la publication de l’intégralité ou d’extraits importants du texte.  \nÀ propos d'une bataille perdue  \nJe ne suis pas toute seule sur cette tribune... Je suis entourée devoix, des centaines de voix, elles sont toujours avec moi. Depuis mon enfance. Je vivais à la campagne. Nous, les enfants, nous aimions bien jouer dehors, mais le soir nous étions attirés, comme par un aimant, par les bancs sur lesquels les vieilles babas fatiguées se rassemblaient près de leurs maisons, leurs « khatas », comme on dit chez nous. Elles n'avaient plus de maris, plus de pères, plus de frères, je ne me souviens d'aucun homme dans notre village après la guerre. Pendant la Seconde Guerre mondiale, un Biélorusse sur quatre est mort au front ou dans larésistance. Notre monde à nous, les enfants de l'après-guerre,était un monde de femmes. Je me rappelle surtout que les femmes parlaient non de la mort, mais de l'amour. Ellesracontaient comment elles avaient dit adieu pour la dernière fois à ceux qu'elles aimaient, comment elles les avaient attendus et les attendaient encore. Les années avaient passé, et elles attendaient toujours: « Il peut revenir sans bras, sans jambes, du moment qu'il revient... Je le porterai... » Sans bras... Sans jambes... Je crois que j'ai su dès l'enfance ce que c'est que l'amour...  \nVoici quelques tristes mélodies prises dans ce chœur que j'entends...  \nPremière voix :  \n« Pourquoi tu veux savoir ça ? C'est tellement triste. Mon mari, je l'ai rencontré à la guerre. J'étais tankiste. Je suis allée jusqu'à Berlin. Je me souviens, on était devant le Reichstag, il n'était pas encore mon mari, et il m'a dit : \"Si on se mariait ? Jet'aime.\" Et ces mots m'ont fait tellement mal ! On avait passé toute la guerre dans la boue, dans la poussière et le sang, à n'entendre que des jurons... Je lui ai répondu : \"Commence par faire de moi une femme, offre-moi des fleurs, dis-moi des motstendres... Dès que je serai démobilisée, je me confectionnerai une robe.\" J'avais même envie de le frapper tellement cela m'avait fait mal. Lui, il a bien senti tout ça. Il avait eu la joue brûlée, elle était couverte de cicatrices, et j'ai vu des larmes sur ces cicatrices. J'airépondu : \"D'accord, je t'épouserai.\" Mais moi-même, jen'arrivais pas à croire que j'avais dit ça... Autour, il y avait de la fumée, des briques cassées, bref, c'était la guerre... »  \nDeuxième voix :  \n« On habitait près de la centrale atomique de Tchernobyl. Jetravaillais dans une pâtisserie, je faisais des gâteaux. Mon mari, lui, était pompier. On venait de se marier, on se tenait toujours par la main, même dans les magasins. Le jour où le réacteur aexplosé, il était de service, justement. Ils sont partis en chemise, en vêtements de tous les jours, il y avait eu une explosion dans une centrale atomique, et on ne leur avait même pas donné de tenues spéciales. C'est comme ça qu'on vivait... Vous savez... Ils  \nont passé toute la nuit à essayer d'éteindre l'incendie, et ils ontreçu des doses de radiations mortelles. 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