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Le récit suit Fernande Drouvin et sa fille Laure : discussions autour d’une grève générale et de revendications liées aux assurances sociales, tensions familiales et fatigue. Laure, malgré sa robustesse, ressent un malaise croissant, la nausée, la gêne au cœur, et cherche refuge à l’extérieur. Les descriptions soulignent la condition sociale et l’atmosphère d’une époque marquée par l’inquiétude.","© Éditions Albin Michel S.A. , 1990  \nISBN : 978-2-226-22721-8  \nCentre national du livre  \nCollection « Bibliothèque Albin Michel »  \nÀ MADAME THÉRÈSE DENIS  \nMaxence Van der Meersch est né à Roubaix en 1907, dans une famille de bonne bourgeoisie. Après avoir renié ses origines sociales, il se consacre dans ses romans à unepeinture sans concessions de la condition ouvrière, demeurée particulièrement dure dans le nord de la France du début des années trente. Son œuvre, au réalisme parfois violent, est tout entière éclairée par son inspiration catholique. Il a publié notamment La Maison dans la dune (1932), Quand les sirènes se taisent (1933), Car ils ne savent pas ce qu’ils font (1933), Invasion 14 (1935), Maria,ﬁlle de Flandre (1935), L’Empreinte du Dieu (Prix Goncourt 1936), Corps et âmes (1943) et La Fille pauvre (trois volumes parus entre 1948 et 1953) . Maxence Van der Meersch est mort au Touquet en 1951.  \nPremière partie  \n« Nous marchons, marchons, marchons !… Vous êtes au chaud, vous êtes dans la lumière, c’est doux. Et nous, nous marchons dans la gelée, dans la tourmente, dans la neige profonde !… Nous ne connaissons nile repos, ni la joie… Nous portons toutle faix de la vie, de la nôtre et de lavôtre… Nous marchons, marchons, marchons    \nANTON TCHÉKHOV  \nI  \nCe midi-là, Fernande Drouvin avait servi des harengs audîner. Le samedi, le poisson était pour rien.  \nLe repas terminé, la mère et la ﬁlle avaient relavé lavaisselle, tandis que Louis Drouvin, le père, s’en allait au café Vouters faire sa partie de cartes. Et la mère, tout en rangeant la vaisselle dans le petit buﬀet, parlait de cette grève qui devait se décider le soir même, tandis que Laure, sa ﬁlle, debout devant la table, essuyait les assiettes.  \n– Hein, disait Fernande, grève générale ! Qu’est-ce qu’on va voir encore, cette fois ? Et tout ça pour leursfoutues assurances sociales ! Ils ne pouvaient pas nous laisser tranquilles ? Dix pour cent ! Où qu’on ira les prendre, les sous ?  \nElle s’interrompit :  \n– Donne les arêtes au chat, Laure.  \nLaure déposa à terre le papier sale où l’on avait mis les arêtes. Et elle alla s’asseoir une minute sur la petite chaise basse à fond de cuir où son père, le soir, aimait fumer sa pipe.  \n– Comme si les patrons pourraient pas payer nos cinq pour cent de leur poche ! poursuivait la mère. Ils en gagnent bien assez ! Nous autres, on chôme, déjà . Et puis, on n’est pas malades, nous, on s’en ﬁche, de leur assurancemaladie. Pourquoi qu’on devra payer pour les autres ?  \nLaure, sans répondre, les coudes aux genoux, s’était pris le menton dans les mains, et regardait le feu, l’air las. Elle ne se sentait pas bien. Une nausée, par instant,  \nl’écœurait. L’odeur forte du hareng frit lui soulevait le cœur. Et le verbiage monotone de sa mère lui faisait mal à entendre, lui crispait les nerfs. Tout à l’heure, en essuyant les assiettes, elle avait vu tourner, monter et descendredrôlement, comme le plancher d’un navire, le sol de la petite cuisine. Et elle était bien vite venue s’asseoir.  \nPourtant, Laure n’était pas une femmelette à faiblesses et pamoisons. C’était une grande ﬁlle robuste, aux joues fraîches, au sang riche. Elle tenait de sa mère, ﬂamande, une poitrine large et ferme, et des membres forts. Ses yeux bleus au regard gai, son nez court aux narines ouvertes, sa bouche charnue, son teint rose et blanc, et jusqu’au léger duvet blond qui lui poudrait la lèvre, tout disait la créatureen pleine jeunesse, en pleine santé . Et ses cheveux opulents, ses cheveux de lin pâles, toison de ﬁlle du nord comme en avaient les fées, jadis, la faisaient, dans le quartier, appeler « la belle blonde » . Laure avait vingt ans.  \nFernande, la mère, ne s’apercevait pas du malaise de sa ﬁlle. Elle continuait l’énoncé de ses revendications, et, touten parlant, frottait de mine de plomb le poêle allumé . Unefumée montait de son chiﬀon, empestant le brûlé .  \n– Hein ? demanda-t-elle, c’est pas ton avis ?  \nMais Laure n’y était plus. 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