[{"data":1,"prerenderedAt":-1},["ShallowReactive",2],{"doc-detail-37907-fr":3,"doc-seo-37907-114":29},{"code":4,"msg":5,"data":6},0,"success",{"doc_id":7,"user_id":8,"nickname":9,"user_avatar":10,"doc_module":4,"category_id":11,"category_name":12,"doc_title":13,"doc_description":14,"doc_content":15,"file_id":16,"file_url":17,"file_type":18,"file_size":19,"view_count":4,"is_deleted":4,"is_public":20,"is_downloadable":20,"audit_status":20,"page_count":21,"language":22,"language_code":23,"site_id":24,"html_lang":23,"table_of_contents":25,"faqs":26,"seo_title":13,"seo_description":14,"update_tm":27,"read_time":28},37907,2336464648746,"Skyler","https://ap-avatar.wpscdn.com/davatar_276721f389ce27ea32af1340a28f341c",59,"Littérature","Proust, Sur la lecture","Texte de réflexion sur la lecture comme expérience fondatrice de l’enfance. Marcel Proust décrit comment certains jours, vécus avec un livre préféré, paraissent inégalables, et comment la lecture s’imprime en souvenirs doux, plus durables que la perception de l’époque. La narration évoque la cachette des livres pendant les heures paisibles, l’attente du déjeuner, la présence du feu, des objets domestiques et des interruptions qui obligent à “rendre” la voix et à interrompre le chapitre. La lecture devient calendrier des jours enfuis et miroir de ce qui n’existe plus.","# MARCEL PROUST\n\nSUR LALECTURE  \nA Madame la Princesse  \nAlexandre de Caraman-Chimay,dont les Notes sur Florence  \nauraient fait les delices de Ruskin,je dedie respectueusementcomme un hommage  \nde maprofonde admiration pour elle,ces pages que j'ai recueilliesparce qu'elles lui ont plu.  \nIl n’y a peut-etre pas de jours de notre enfanceque nous ayons si pleinement vécus que ceuxque nous avons cru laisser sans les vivre,ceuxque nous avons passés avec un livre préferé.Tout ce qui,semblait-il,les remplissait pour lesautres,et que nous écartions comme un obs-tacle vulgaire à un plaisir divin:le jeu pour le-quel un ami venait nous chercher au passage leplus intéressant,I'abeille ou le rayon de soleilgenants qui nous forcaient à lever les yeux desur la page ou à changer de place,les provi-sions de gouter qu'on nous avait fait emporteret que nous laissions a coté de nous sur le banc,sans y toucher,tandis que,au-dessus de notretête,le soleil diminuait de force dans le ciel bleu,le diner pour lequel il avait fallu rentrer et oùnous ne pensions qu'a monter finir,tout de suiteapres,le chapitre interrompu,tout cela,dont lalecture aurait dû nous empêcher de percevoirautre chose que l'importunité,elle en gravait aucontraire en nous un souvenir tellement doux(tellement plus precieuxà notre jugement actuel,  \nque ce que nous lisions alors avec tant d'amour),que,s'il nous arrive encore aujourd'hui de feuil-leter ces livres d'autrefois,ce n'est plus quecomme les seuls calendriers que nous ayonsgardés des jours enfuis,et avec Yespoir de voirreflétés sur leurs pages les demeures et les étangsqui n'existent plus.  \nQui ne se souvient comme moi de ces lec-tures faites au temps des vacances,qu'on allaitcacher successivement dans toutes celles desheures du jour qui étaient assez paisibles et as-sez inviolables pour pouvoir leur donner asile.Le matin,en rentrant du parc,quand tout lemonde était parti“faire une promenade”,je meglissais dans la salle à manger où,jusqu'à l'heureencore lointaine du déjeuner,personne n'en-trerait que la vieille Félicie relativement silen-cieuse,et où je n'aurais pour compagnons,très respectueux de la lecture,que les assiettespeintes accrochées au mur,le calendrier dont lafeuille de la veille avait été fraichement arra-chée,la pendule et le feu qui parlent sans de-mander qu'on leur réponde et dont les douxpropos vides de sens ne viennent pas,commeles paroles des hommes,en substituer un diffe-rent à celui des mots que vous lisez.Je m'instal-lais sur une chaise,près du petit feu de bois,dont,pendant le dejeuner,Iondle matinal et jar-dinier dirait:\"Il ne fait pas de mal!On supportetrès bien un peu de feu;je vous assure qu'à sixheures il faisait joliment froid dans le potager.Etdire que c'est dans huit jours Pâques !” Avant ledéjeuner qui,hélas !mettrait fin à la lecture,on  \navait encore deux grandes heures.De temps entemps,on entendait le bruit de la pompe doùleau allait découler et qui vous faisait lever lesyeux vers elle et la regarder à travers la fenetrefermée,là,tout pres,dans I'unique allee du jar-dinet qui bordait de briques et de faiences endemi-lunes ses plates-bandes de pensees:despensees cueillies,semblait-il,dans ces cielstrop beaux,ces ciels versicolores et comme re-flétés des vitraux de l'église qu'on voyait par-fois entre les toits du village,ciels tristes quiapparaissaient avant les orages,ou apres,troptard,quand la journée allait finir.Malheureu-sement la cuisiniere venait longtemps davancemettre le couvert;siencore elle l'avait mis sansparler!Mais elle croyait devoir dire:“Vousn'etes pas bien comme cela;si je vous appro-chais une table?”Et rien que pour répondre:“Non,merci bien”,il fallait arreter net et rame-ner de loin sa voixqui,en dedans des lèvres,ré-petait sans bruit,en courant,tous les mots queles yeux avaient lus;il fallait I'arreter,la fairesortir,et,pour dire convenablement:\"Non,merci bien”,lui donner une apparence de vieordinaire,une intonation de réponse,qu'elleavait perdues.L'heure passait;souve","cbCaiqprKNo1XrjP","https://ap.wps.com/l/cbCaiqprKNo1XrjP","pdf",539949,1,58,"French","fr",114,"# Marcel Proust\n## Dédicace et admiration\n## La lecture comme expérience de l’enfance\n## Retrouver les livres et les jours perdus\n## Les moments avant le déjeuner\n## Interrompre la lecture et reprendre le quotidien","[{\"question\":\"Pourquoi la lecture pendant l’enfance est-elle décrite comme la plus pleinement vécue ?\",\"answer\":\"Parce que les journées passées avec un livre préféré semblent contenir un plaisir si intense qu’elles transforment la perception du temps. Les détails ordinaires, les interruptions et même les efforts pour garder la lecture en place deviennent des souvenirs particulièrement doux.\"},{\"question\":\"Quel rôle jouent les “livres d’autrefois” dans la mémoire du narrateur ?\",\"answer\":\"Ils fonctionnent comme des calendriers des jours enfuis. Feuilleter ces ouvrages permet de voir se refléter, dans leurs pages, les demeures et les étangs disparus.\"},{\"question\":\"Comment le quotidien (feu, déjeuner, visites, sons) influence-t-il le cours de la lecture ?\",\"answer\":\"Le déjeuner approche, la cuisinière et les autres personnes entrent, et des bruits comme celui de la pompe interrompent. 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