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Le texte articule descriptions poétiques des brumes, des silhouettes lointaines et d’une ville blanche qui s’éveille, avec une précision temporelle correspondant à un jour précis. À travers la course de l’enfant et son impossibilité de se faire entendre, l’ouvrage met en tension le mirage du danger et l’imminence d’un basculement historique.","Pierre Sang Papier ou Cendre  \nLa collection l’Aube poche est dirigée par Marion Hennebert  \nCe texte a été écrit pour la Compagnie L’Œil du Tigre (Reims). Il a été créé sous le titre de Madame Lafrance, au théâtre Nouveau Relax de Chaumont, en février 2008. Adaptation et mise en scène : Jean-Marie Lejude. Interprétation : Fatima Aïbout et Lahcen Razzougui. Accordéon : Éric Proud. Scénographie : Thierry Vareille.  \n© Éditions de l’Aube, 2011 [www.aube.lu](www.aube.lu).  \nISBN 978-2-8159-0339-4  \nMaïssa Bey  \nPierre Sang Papier ou Cendre  \néditions de l’aube  \nDu même auteur :  \nAu commencement était la mer, roman, Marsa, 1996 ; l’Aube poche, 2003  \nNouvelles d’Algérie, Grasset, 1998, grand prix de la Nouvelle dela Société des gens de lettres, 1998 ; l’Aube poche, 2011  \nÀ contre silence , Paroles d’Aube, 1999  \nCette fille-là , roman, l’Aube, 2001, l’Aube poche, 2005  \nEntendez-vous dans les montagnes   , récit, l’Aube, 2002 ; l’Aube poche, 2005  \nJournal intime et politique, Algérie 40 ans après (avec Mohamed Kacimi, Boualem Sansal, Nourredine Saadi, Leïla Sebbar), l’Aube et Littera 05, 2003  \nLes Belles Étrangères. Treize écrivains algériens, l’Aube et Barzakh, 2003  \nL’Ombre d’un homme qui marchait au soleil, préface de Catherine Camus, Chèvrefeuille étoilée, 2004  \nSous le jasmin la nuit, nouvelles, l’Aube, 2004 ; l’Aube poche, 2006  \nSurtout ne te retourne pas, roman, l’Aube, 2005, prix Cybèle 2005 ; l’Aube poche, 2006  \nAlger 1951 (avec Benjamin Stora, Malek Alloula ; photos d’Étienne Sved), Le Bec en l’air, 2005  \nSahara, mon amour (photos Ourida Nekkache), l’Aube, 2005 Bleu blanc vert, roman, l’Aube, 2006  \nL’Une et l’Autre , l’Aube, 2009  \nPuisque mon cœur est mort, l’Aube, 2010 ; l’Aube poche, 2011  \nÀ ma sœur, Anissa, qui saura pourquoi.  \n« Quoi ! Des cohortes étrangères Feraient la loi dans nos foyers !  \n[…]  \nGrand Dieu !   Par des mains enchaînées Nos fronts sous le joug se ploieraient ! » La Marseillaise. Troisième couplet.« De vos bienfaits je n’aurai nulle envie, tant que je trouverai, vivant ma libre vie, aux fontaines de l’eau,  \ndans mes champs le grand air. » Victor Hugo, Ruy Blas.  \nI  \nL’enfant est debout sur un promontoire recouvert de lentisques et de lauriers roses transpercés d’épineux.  \nIl regarde la mer.  \nSeules quelques crêtes blanches troublent la surface de l’eau encore noyée de nuit.  \nLes brumes du matin peinent à se dissiper.  \nSur le ciel encore livide, d’étranges silhouettes sombres se profilent au loin – à fleur d’eau, à fleur de jour.  \nÉtranges silhouettes que ces bateaux immobiles aux flancs doucement battus par les flots !  \nOn dirait une muraille, une enceinte fortifiée, hérisséed’innombrables piques. Ou peut-être une improbable forêt de pins surgie des profondeurs marines.  \nMais ne serait-ce pas tout simplement une vision née de sesrêves ?  \nL’enfant est debout face à la mer.  \nTrois chèvres, sans doute égarées, dévalent les rochers justederrière lui et s’égaillent sur le rivage avant de disparaître dans les broussailles.  \nL’enfant ne les voit pas.  \nVenue de la plus haute tour et portée par la brise, la voix du muezzin déroule ses intermittences avant de se perdre au-dessus des collines.  \nL’enfant, fasciné par ce qu’il contemple dans le lointain, nel’entend pas.  \nDe grands pans de jour affleurent au-dessus des collines et dissipent les lambeaux de rêve qui s’accrochaient dans sa mémoire.  \nPrémices de l’embrasement, des rayons déjà éblouissants émergent du ventre de la mer.  \nL’enfant, la main en visière au-dessus des yeux, scrute l’horizon.  \nCe sont des dizaines, des centaines de bateaux, mâts et cordages dressés contre le ciel, pavillons hissés haut. Là, tout près,à portée de canon. Une sourde menace semble planer sur les lieux.  \nC’est là .  \nSombre et pesant.  \nÀ la fois précis et encore indéfinissable.  \nLa clarté se fait maintenant plus vive, et se répand telle une coulée de lave sur les eaux soudain parcourues de reflets sanglants. 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