[{"data":1,"prerenderedAt":-1},["ShallowReactive",2],{"doc-detail-37768-fr":3,"doc-seo-37768-114":29},{"code":4,"msg":5,"data":6},0,"success",{"doc_id":7,"user_id":8,"nickname":9,"user_avatar":10,"doc_module":4,"category_id":11,"category_name":12,"doc_title":13,"doc_description":14,"doc_content":15,"file_id":16,"file_url":17,"file_type":18,"file_size":19,"view_count":4,"is_deleted":4,"is_public":20,"is_downloadable":20,"audit_status":20,"page_count":21,"language":22,"language_code":23,"site_id":24,"html_lang":23,"table_of_contents":25,"faqs":26,"seo_title":13,"seo_description":14,"update_tm":27,"read_time":28},37768,7971461740909,"Levi","https://ap-avatar.wpscdn.com/davatar_155a257f0dc6eb9ab79c44ca47cae57d",59,"Littérature","Leïla Avoir dix-sept ans dans un camp de harkis","Récit centré sur Leïla, fille de harkis, née dans un camp derrière des barbelés et confrontée, des années plus tard, aux discriminations persistantes. Le texte met en scène un dîner officiel où elle brise le silence pour rappeler l’invisibilité imposée aux harkis et la mémoire de ses parents, soldats et victimes. À travers souvenirs intimes, exemples politiques et scènes du quotidien, le récit dénonce l’injustice, la stigmatisation et la négation durable de la souffrance familiale.","DU MÊME AUTEUR  \nDestins de harkis 1954-2003 : aux racines d’un exil Autrement, coll. « Monde Photos », 2003  \nMon père, ce harki Seuil, 2003  \nCe récit est librement inspiré du téléfilm Harkis écrit par Dalila Kerchouche et Arnaud Malherbe, réalisé par Alain Tasma, produit par Image et compagnie pour France 2 et Arte France  \nISBN 978-2-02-134489-9  \n© Éditions du Seuil, octobre 2006  \n[www.seuil.com](www.seuil.com)  \nCet ouvrage a été numérisé en partenariat avec le Centre National du Livre.  \nCe document numérique a été réalisé par Nord Compo.  \nÀ ma sœur Fatima, mon inspiratrice ;à mon frère Mohamed,  \nqui, en fermant les yeux, a ouvert les miens ;  \nà mon père et à ma mère. En refusantl’injustice et l’arbitraire, ils m’ont montré la voie.  \nTABLE DES MATIÈRES  \nDu même auteur  \nCopyright  \nDédicace  \nParis, 2006  \nSud de la France, février 1972 Trente ans plus tard  \nAnnexe  \nRèglements et lois concernant le camp de Bias 1963-1975  \nRemerciements  \nParis, 2006  \nÉtourdie par le brouhaha, je porte le verre de vin blanc à mes lèvres. Ma main tremble. J’avale une gorgée. Loin de calmer le bouillonnement qui esten moi, l’alcool l’amplifie. Tout autour, les paroles tourbillonnent. Je veux me boucher les oreilles, quitter la table. Mais je n’ose pas. Pas dans un dînerofficiel. Faire bonne figure. Sourire poliment. Mais les mots que j’entends me lacèrent. « Minorités visibles » . « Discrimination » . « Meilleure représentativité » . « Égalité des chances » . Je sens une vieille colère monteren moi, et je lutte pour la contenir. Ministres français et représentants de communautés originaires des anciennes colonies d’Afrique, des Antilles ou du Maghreb discutent des problèmes des cités entre deux coupes de champagne. Les uns martèlent les principes de la République au cas où les autres les auraient oubliés. Ces derniers tentent d’exister dans un pays quis’imagine encore blanc.  \nJ’avale une nouvelle gorgée. Non, pas cette fois. Pas encore. Je pensaisen avoir fini avec mon passé, je comprends que je m’étais trompée. Mes poings se serrent sous la table. Je décrispe les doigts et essuie mes mains moites sur ma jupe noire.  \nAlors que je suis assise sur un siège tendu de velours rouge, des fantômes surgissent de ma mémoire. La silhouette d’une mère qui se jette dans le Rhône et dont on repêche le cadavre. Un fils de harkis qui se pend à une poutre dans une baraque de jardin. Un père, vieux soldat blessé de  \nguerre, qui meurt dans l’oubli et l’indignité, traité de traître par ceux-là mêmes avec qui il a combattu.  \nMes oreilles bourdonnent. Une phrase me parvient : « On ne nous considère pas comme des Français.» Une vague sombre engloutit moncerveau. Brusquement, j’oublie ma réserve, la raison de ma présence et je me lève.  \n« Je voudrais parler.»  \nMa voix est ferme. Rien ne peut m’arrêter. Je sais pourquoi je suis là, dans ce dîner officiel policé : un élan ancien me pousse à me battre, à prendre la parole et à ne pas la lâcher. Je ressuscite une voix oubliée, qui jaillit d’un passé enfoui.  \n« Je suis une fille de harkis. Je suis française et je suis née dans un camp, derrière des barbelés. En France, la communauté harkie a été la première minorité issue des anciennes colonies. Elle était invisible parce qu’elle a été parquée dans des camps pendant près de trente ans. Si l’on veut comprendre les rapports que la France entretient avec ses minorités, il faut se souvenir du sort qui a été réservé aux harkis dans ce pays. Mon père était fier d’être français. Tous les matins, sur la place centrale du camp, il saluait le drapeau et chantait La Marseillaise avec tous les harkis. Il se sentait profondément français. Son grand-père est mort à Verdun. Son pèrea combattu pendant la Seconde Guerre mondiale. Et lui s’est battu en Algérie. Oui, il se sentait français, mais, au-delà des barbelés, il était un étranger dans son propre pays.  \nQuelle image a-t-on des harkis aujourd’hui ? Pour les uns, je suis la filled’un traître. 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