[{"data":1,"prerenderedAt":-1},["ShallowReactive",2],{"doc-detail-41402-fr":3,"doc-seo-41402-114":30,"detail-sidebar-cat-0-fr-114":91},{"code":4,"msg":5,"data":6},0,"success",{"doc_id":7,"user_id":8,"nickname":9,"user_avatar":10,"doc_module":4,"category_id":11,"category_name":12,"doc_title":13,"doc_description":14,"doc_content":15,"file_id":16,"file_url":17,"file_type":18,"file_size":19,"view_count":20,"is_deleted":4,"is_public":21,"is_downloadable":21,"audit_status":21,"page_count":22,"language":23,"language_code":24,"site_id":25,"html_lang":24,"table_of_contents":26,"faqs":27,"seo_title":13,"seo_description":14,"update_tm":28,"read_time":29},41402,2336464648322,"Aria","https://ap-avatar.wpscdn.com/avatar/2200025388227c56fec?_k=1778556882303663488",59,"Littérature","L’écriture ou la vie","Texte littéraire centré sur le regard et la mémoire dans l’univers de Buchenwald. Le narrateur, déporté, décrit la disparition du visage, l’amaigrissement observé lors des douches, et l’effroi que suscite son image auprès d’officiers arrivés sur place. La scène se noue autour de détails sensoriels, notamment l’odeur de chair brûlée et la rumeur d’un crématoire, qui deviennent des indices de l’horreur. Le passage convoque aussi le témoignage de Léon Blum pour éclairer l’aveuglement relatif d’autrui et la persistance du souvenir.","Jorge Semprun  \nde l'académie Goncourt  \nL' écriture ou la vie  \nGallimard  \nÀ Cécilia, pour la merveillede son regard émerveillé.  \n« Qui veut se souvenir doit se confier à l 'oubli, à ce risque qu 'est l 'oubli absolu et à ce beau hasard que devient alors le souvenir. »  \nMaurice Blanchot  \n« ... je cherche la région cruciale de l 'âme où le Mal absolu s 'oppose à la fraternité.  \n»  \nAndré Malraux  \nPremièrepartie  \n1  \nLE REGARD  \nIls sont en face de moi, l'œil rond, et je me vois soudain dans ce regard d'effroi : leur épouvante.  \nDepuis deux ans, je vivais sans visage. Nul miroir, à Buchenwald. Je voyais mon corps, sa maigreur croissante, une fois par semaine, aux douches. Pas devisage, sur ce corps dérisoire. De la main, parfois, je frôlais une arcadesourcilière, des pommettes saillantes, le creux d'une joue. J'aurais pu me procurer un miroir, sans doute. On trouvait n'importe quoi au marché noir du camp, en échange de pain, de tabac, de margarine. Même de la tendresse, à l'occasion.  \nMais je ne m'intéressais pas à ces détails.  \nJe voyais mon corps, de plus en plus flou, sous la douche hebdomadaire. Amaigri mais vivant : le sang circulait encore, rien à craindre. Ça suffirait, ce corps amenuisé mais disponible, apte à une survie rêvée, bien que peu probable.  \nLa preuve, d'ailleurs : je suis là .  \nIls me regardent, l'œil affolé, rempli d'horreur.  \nMes cheveux ras ne peuvent pas être en cause, en être la cause. Jeunes recrues, petits paysans, d'autres encore, portent innocemment le cheveu ras. Banal, ce genre. Ça ne trouble personne, une coupe à zéro. Ça n'a riend'effrayant. Ma tenue, alors ? Sans doute a-t-elle de quoi intriguer : unedéfroque disparate. Mais je chausse des bottes russes, en cuir souple. J'ai une mitraillette allemande en travers de la poitrine, signe évident d'autorité par les temps qui courent. Ça n'effraie pas, l'autorité, ça rassure plutôt. Ma maigreur ? Ils ont dû voir pire, déjà . S'ils suivent les armées alliées qui s'enfoncent en  \nAllemagne, ce printemps, ils ont déjà vu pire. D'autres camps, des cadavres vivants.  \nÇa peut surprendre, intriguer, ces détails : mes cheveux ras, mes hardes disparates. Mais ils ne sont pas surpris, ni intrigués. C'est de l'épouvante que je lis dans leurs yeux.  \nIl ne reste que mon regard, j'en conclus, qui puisse autant les intriguer. C'est l'horreur de mon regard que révèle le leur, horrifié . Si leurs yeux sont un miroir, enfin, je dois avoir un regard fou, dévasté .  \nIls sont sortis de la voiture à l'instant, il y a un instant. Ont fait quelques pas au soleil, dégourdissant les jambes. M'ont aperçu alors, se sont avancés.  \nTrois officiers, en uniforme britannique.  \nUn quatrième militaire, le chauffeur, est resté près de l'automobile, une grosse Mercedes grise qui porte encore des plaques d'immatriculation allemandes.  \nIls se sont avancés vers moi.  \nDeux d'une trentaine d'années, blonds, plutôt roses. Le troisième, plus jeune, brun, arbore un écusson à croix de Lorraine où est inscrit le mot « France » .  \nJe me souviens des derniers soldats français que j'ai vus, en juin 1940. Del'armée régulière, s'entend. Car des irréguliers, des francs-tireurs, j'en avais vu depuis : de nombreux. Enfin, relativement nombreux, assez pour en garder quelque souvenir.  \nAu « Tabou » , par exemple, dans le maquis bourguignon, entre Laignes et Larrey.  \nMais les derniers soldats réguliers de l'armée française, ce fut en juin 1940, dans les rues de Redon. Ils étaient misérables, se repliant en désordre, dans le malheur, la honte, gris de poussière et de défaite, défaits. Celui-ci, cinq ans après, sous un soleil d'avril, n'a pas la mine défaite. Il arbore une France sur  \nson cœur, sur la poche gauche de son blouson militaire. Triomphalement, joyeusement du moins.  \nIl doit avoir mon âge, quelques années de plus. Je pourrais sympathiser. Il me regarde, effaré d'effroi.  \n– Qu'y a-t-il ? dis-je, irrité, sans doute cassant. Le silence de la forêt qui vous étonne autant ?  \nIl","cbCailnKaFVHzFCw","https://ap.wps.com/l/cbCailnKaFVHzFCw","pdf",1919878,3,1,310,"French","fr",114,"# LE REGARD\n## Vision sans visage et déshumanisation\n## L’effroi des officiers britanniques\n## L’odeur de chair brûlée et l’indice des fours crématoires\n## Léon Blum : enfermement et ignorance relative","[{\"question\":\"Pourquoi le narrateur dit-il qu’il vivait sans visage ?\",\"answer\":\"Il décrit deux années sans miroir à Buchenwald, ne voyant qu’irrégulièrement son corps lors des douches, avec une perception fragmentaire du visage et de la maigreur.\"},{\"question\":\"Qu’est-ce qui provoque la réaction d’effroi chez les officiers ?\",\"answer\":\"Leur horreur se lit dans leurs yeux : ils ne sont pas surpris par la tenue ou la coupe de cheveux, mais surtout par l’“épouvante” révélée par le regard et par des indices sensoriels.\"},{\"question\":\"Quel rôle joue l’odeur dans la compréhension de ce qui se passe à Buchenwald ?\",\"answer\":\"L’“étrange odeur” de chair brûlée, liée aux fours crématoires, chasse les oiseaux et sert d’indice. 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