[{"data":1,"prerenderedAt":-1},["ShallowReactive",2],{"doc-detail-39048-fr":3,"doc-seo-39048-114":29},{"code":4,"msg":5,"data":6},0,"success",{"doc_id":7,"user_id":8,"nickname":9,"user_avatar":10,"doc_module":4,"category_id":11,"category_name":12,"doc_title":13,"doc_description":14,"doc_content":15,"file_id":16,"file_url":17,"file_type":18,"file_size":19,"view_count":4,"is_deleted":4,"is_public":20,"is_downloadable":20,"audit_status":20,"page_count":21,"language":22,"language_code":23,"site_id":24,"html_lang":23,"table_of_contents":25,"faqs":26,"seo_title":13,"seo_description":14,"update_tm":27,"read_time":28},39048,13056703020460,"Valentina","https://ap-avatar.wpscdn.com/avatar/be000253dac470eee5d?_k=1778207105932848923",58,"Récits & Romans","Le Silence de la mer et autres récits - Vercors","Recueil de récits de Vercors précédé par une postface d’Yves Beigbeder et suivi d’un texte en guise de préface. Le passage présenté restitue une atmosphère de désespoir et de stagnation après une période de guerre, avec l’opposition entre l’attente du salut et l’emprise du désastre. Il met en scène un groupe d’officiers, leurs discussions politiques, leurs silences révélateurs et la manière dont certaines figures incarnent l’amertume, la lucidité et la résignation morale.","VERCORS  \nLe Silence de l a mer et autres ré cits  \nPOSTFACE DE YVES BEIGBEDER  \nEN GUISE DE PRÉFACE  \nDÉSESPOIREST MORT  \nJe n’ai pas encore très bien compris comment cela s’est fait,—en moi et en nous. D’ailleurs, je ne cherche pas. Il est de certains miracles très naturels. Je veux dire : très faciles à accepter. Je les accepte de grand cœur et celui-ci fut de ceux-là . J’y pense souvent. Je m’attendris, je souris et m’étire. Je sais qu’il y aurait sûrement quelque chose à trouver. À quoi bon ? Cette demi-ignorance, ma foi, me convient.  \nComme les plus profonds tourments pâlissent vite ! Il y a trente  \n[ 1 ]  \nmois je désirais la mort Nous étions quelques-uns à la désirer. Nous ne parvenions à voir devant nous rien qu’un abîme fétide. Comment y vivre ? Pourquoi attendre une asphyxie immonde ? Ah ! trouver un rocher désert, une île abandonné e, loin de la m êléerépugnante des hommes... Comme cela semble étrange, aujourd’hui,— où nous avons tant de motifs d’espérer ! Maisl’espoir, le désespoir, ne sont pas choses raisonnantes ni raisonnables. Le désespoir s’était emparé de nous, du chef à l’orteil. Et, il faut bien l’avouer, ce que nous avions vu, ce que nous voyions encore ne nous aidait guère à le secouer.  \nCar nous n’étions pas tous désespérés. Oh ! non. Dans ce mess hétéroclite, où le désastre avait rassemblé une douzaine d’officiers venus de toutes parts, sans point commun sinon celui de n’avoir pas combattu, la note dominante n’était pas le désespoir. Chacun était avant tout préoccupé de soi. Et pourvu que tous les chemins ne  \nfussent pas coupés devant lui, prenait le reste assez légèrement. En ce juillet-là courait le mythe Laval-Talleyrand : une canaille, aprè s Waterloo, avait en quelques anné es refait une France redoutée ; une canaille referait de m ême. Il suffisait d’attendre.  \nIl y avait là un homme que j’appellerai le Capitaine Randois. Je ne l’aimais pas. Dè s avant la défaite, tout en lui m’était ennemi : son caractère hautain, ses convictions monarchiques, son m épris de la foule. J’évitais de lui parler. Je craignais qu’il ne laissât, d’un mot, deviner la satisfaction que les malheurs de l a République, le triomphe de la tyrannie, devaient avoir fait naître en lui. Je n’aurais pu le supporter sans ré agir. Mes nerfs étaient peu solides alors. Heureusement, lui non plus ne parlait guère. Il mangeait en silence, son grand nez coupant baissé vers la nappe. Les incessantes discussions, politiques et imbéciles, qui formaient la trame de nos repas, n’obtenaient de lui qu’un dédain que j’aurais trouvé insultant,— si je n’eusse fait tout comme lui. Notre pauvre vieux brigand de commandant, conseiller général du Gard, présidait ces joutes, les couvait de ses gros yeux éteints. Il ressemblait, par levisage et l’accent, à un Raimu amolli, à l’un des Fratellini aussi,—celui qui est mort, celui qui cachait ses dérisoires malices sous un aspect de notaire solennel. Il interrogeait l’avenir avec malaise, inquiet de la place qu’il pourrait y creuser pour son adipeuse papelardise. Il dit un jour :  \n— « Randois, vous avez vu ? Votre Maurras se range sans restriction derrière le Maréchal. » Quand il parlait, il semblait que son accent fût noyé dans une gorgée d’eau, qu’on se fût attendu à voir couler entre ses lèvres molles. « Je suis un vieux radical, mais, dans le malheur de la patrie, il faut oublier ses convictions. Votre Maurras, bravo, c’est très bien. Que penseront nos vainqueurs, selon vous ? »  \nLe Capitaine Randois leva le nez. Et ses yeux, ses yeux bleus et froids (je les trouvais cruel s ) se posèrent sur moi. Oui, sur moi et sur mon voisin le Capitaine Despérados ; et il répondit :  \n—Les Fridolins ? Ils nous aurontjusqu’au trognon.  \nSa voix était d’une tristesse sans borne. Je fus surpris,— plus encore du regard que des paroles. Ainsi, il nous rejoignait, il avait su  \nnous rejoindre, nous les solitaires, nous les muets. Il avait mieux sume comprendre, que moi, lui. 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