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Le récit examine la scène, la réaction des proches et la manière dont chacun tente de donner du sens à l’incompréhensible, entre fatalité, foi, et visions d’horreur.","Gisèle Pineau  \nLE PARFUM DES SIRÈNES  \nROMAN  \nMERCVRE DE FRANCE  \nÀ Willy et Laure  \n[…] Derrière les décors  \nDe l’existence immense, au plus noir de l’abîme, Je vois distinctement des mondes singuliers, Et, de ma clairvoyance extatique victime, Je traîne des serpents qui mordent mes souliers. Et c’est depuis ce temps que, pareil auxprophètes, J’aime si tendrement le désert et la mer ; Que je ris dans les deuils etpleure dans les fêtes, Et trouve un goût suave au vin le plus amer ;  \nQue jeprends très souvent les faits pour des mensonges, Et que, lesyeux au ciel, je tombe dans des trous.  \nMais la Voix me console et dit : « Garde tes songes ; Les sages n’en ontpas d’aussi beaux que les fous ! »  \nCHARLES BAUDELAIRE « La Voix » (Les Épaves, 1866)  \nI  \nHÉLIOTROPE BLANC  \nElle était morte en 1980.  \nLe 14 juillet 1980.  \nIda, sa cousine et voisine la plus proche, l’avait retrouvée au moins trois heures après le coucher du soleil. À cause ou grâce aux cris entêtants de Gabriel, alors âgé d’à peine deux ans. Le gamin était assis par terre dans la cuisine, à côté du corps sans vie de sa mère. Il tapotait une flaque de sang mêlée à ses excréments, s’en était tartiné la figure et les vêtements. Il avait touché et secoué Sissi pour la réveiller, tenté de soulever ses paupières. Parce qu’en plus de sa blessure à la tête, la morte était maculée de sang séché qui faisait çà et là des petites plaques écailleuses sur son visage, ses bras, ses cuissesdénudées. Gabriel puait. Sous lui, l’urine, les selles et le sang composaient une mixture dégoûtante qu’il avait portée à sa bouche. Combien de temps était-il resté là, en pleurs, affamé , effrayé, à attendre qu’elle se relève ? Un biberon de lait espérait la soif du petit garçon sur la paillasse. Des mouches vertes et bleues qui ne savaient où donner de la tête volaient du cadavre à la cuisinière. Endedans d’une casserole noircie aux fesses gisaient les restes d’une carcasse de poulet.  \nIda n’avait touché à rien, même pas à l’enfant. Elle avait retenu ça des séries policières américaines télévisées. L’avait laissé là, tout seul, avec sa peur, samère, la mort, le sang et le caca. Était retournée chez elle au galop, pour décrocher son téléphone, appeler les secours, prévenir la famille.  \nLéonne et Mathurin furent les premiers sur place, avant les gendarmes, les pompiers et un troupeau de gens émoustillés qui n’étaient pas descendus au  \nbourg de Saint-Robert où la fête du 14-Juillet battait son plein. Ils étaientaccourus pour apercevoir la figure de la mort, sentir l’odeur du sang, peser l’air et sonder son épaisseur morbide, se repaître de quelque chose qui leur faisait du bien et peut-être du mal en même temps.  \nMathurin considéra le corps un instant, puis chercha un endroit où s’asseoir, l’air hagard, à croire que ses jambes ne le portaient plus. Léonne hocha la tête et, sans demander la permission à quiconque, elle ramassa Gabriel pour le laver et lui donner son lait. Ses lèvres tremblaient quand elle avait découvert sa sœur morte. Mais elle n’avait pas crié, même pas pleuré . Comme si cela devait arriver, un jour ou l’autre, fatalement. Ce désastre. Car cette fin était depuis longtemps inscrite, quelque part, au ciel ou ailleurs, sur de grands registres, dictée par la volonté divine de Notre Dieu si puissant, tellement justeet incorruptible dans Sa Loi. Les bras ballants, mesurant son insignifiance au fil de ses larmes, Ida avait regardé Léonne débarbouiller Gaby.  \nÀ trente-deux ans, cette dernière était mère de quatre enfants déjà . Sesgestes étaient rapides, sûrs, efficaces, lourds de reproches aussi. Sans parole, ellemontrait à Ida ce à quoi ses mains auraient dû s’activer avant tout : prendresoin de l’enfant, le tirer de là, le laver, lui donner son lait. Et même si la mort les narguait dans cette cuisine mal tenue, fallait pas frémir ni pleurer, seulement la mépriser et s’occuper des vivants. 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