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Le texte s’ouvre par une préface de Claude Coufon qui replace Camilo José Cela dans l’histoire littéraire espagnole et discute ses « bombes » narratives, de La famille de Pascal Duarte à La Ruche, puis à San Camilo, 1936. 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J. Cela, ed. La Gaya Ciencia, 1974)  \n© Camilo José Cela.© Souffles S. A., 1989, pour le choix et la traduction française.  \nPréface  \nCamilo José Cela ou une littérature au vitriol  \nL’Espagne littéraire renaît, nous dit-on. Mai s avait-elle jamais cessé d’exister ? Camilo José Cela, qui en est depuis presque cinquante ans le plus beau fleuron, nous prouve brillamment le contraire.  \nC’est en 1942 qu’il posa comme une bombe, dans un pays où le franquisme vainqueur se souciait peu de création et de littérature, son premier roman : La famille de Pascal Duarte. Inconnu, alors âgé de vingtsix ans, C. J. Cela avait présenté son manuscrit à Pio Baroja en lui demandant de le préfacer. Le célèbre romancier basque lut le manuscrit, l’approuva, mais refusa sa collaboration : « Si vous tenez à aller en prison, allez-y, c’est de votre âge » . C. J. Cela n’alla pas en prison. Au bout de quelques semaines l’ordre fut donné de saisir l’ouvrage. Trop tard ! On ne parlait plus que de Pascal Duarte, qui allait se révéler comme l’un des chefs-d’œuvre des lettres contemporaines. Le premier coup de boutoir venait d’être porté contre l’autorité jusqu’alors indiscutée du Régime.  \nÉcrit et publié la même année que L’Étranger, le roman de Camilo José Cela présente avec celui-ci bien des affinités. Les deux hommes, on le sut plus tard, ne se connaissaient pas. Mais La famille de Pascal Duarte appartient au courant alors ambiant de l’absurde. Son protagoniste est un condamné à mort de la prison de Badajoz qui raconte comment son sens rigoureux de l’honneur l’a conduit au crime. Ce paysan pauvre  \nd’Estrémadure, voué, semble-t-il, à la mort par le destin, sur une terre brûlée par le soleil et traversée par « un vent mauvai s et perfide », a obéiaveuglément aux impulsion s ancestrales considérées comme des vertus nationales et n’a réussi qu’à devenir un assassin. La stupidité de la situation est encore aggravée par le fait que Duarte, Don Quichotte moderne, prétend défendre de « nobles » sentiments alors qu’il est entouré de médiocres ou dedégénérés : un père contrebandier, une mère ivrognesse, une sœur voleuse et pervertie, un frère simple d’esprit, un beau-frère débauché , une femme sotte et infidèle.  \nAprès des récits picaresques et des impressions de voyages où une plume enjouée consignait ce qu’un œil amusé observait dans des régions maintenues hors du temps par l’isolement, comme l’Alcarria, Camilo José Cela publia en 1951 , à Buenos Aires, un second roman démolisseur : La Ruche. La ruche, c’est Madrid aux heures les plus sombres du franquisme. En 1942, en pleine guerre mondiale, dans une Espagne dont les autoritéssouhaitent la victoire allemande, une population misérable et dé sabusée sedébat avec les problèmes de la subsistance quotidienne : marché noir, corruption, chômage. Chacun veut vivre malgré tout et, pour tromperl’ennui, se livre à un travail abrutissant et improductif ou aux plaisirssexuels, sans autre espoir, san s autre issue que de tuer le temps. Il n’y a pas, dans La Ruche, de personnages principaux, même si deux ou trois des quelque cent cinquante comparses présentés réapparai ssent un peu plus souvent que les autres. Car les véritables personnages du roman ne sont pas les ombres mornes ou grotesques qui défilent sous nos yeux mais bien lapeur, l’angoisse, la faim, et leur complice dévorante : la sexualité . Ce sont eux qui animent et guident les différents protagonistes dans leur existence absurde et végétative. Entre ces derniers une infinité d’intrigues – enmajeure partie sentimentales – se nouent, qui à aucun moment ne sedénouent, parce que tout dénouement, dans une situation aussi dé sespérée, est impossible. 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