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Une maladie soudaine, le pessimisme et le sentiment d’être poursuivi par la justice structurent l’échange. La mise en scène fraternelle, le contraste entre la gaîté affectée et l’accablement de la soutane, font de la honte et de la peur des motifs dominants, au cœur d’une tension psychologique et morale.","Georges Bataille  \nL’abbé C  \n1950  \nJe déshonore à ce moment mapoésie, je méprise mapeinture,  \nJe dégrade ma personne et je punis mon caractère, Et la plume est ma terreur, le crayon ma honte, J’enterre mes talents et ma gloire est morte.  \nWilliam Blake.  \nPREMIERE PARTIE  \nMon souvenir est précis : la première fois que je vis Robert C..., j’étais dansun pénible état d’angoisse. Il arrive que la cruauté de la jungle se révèle être la loi qui nous régit. Je sortis après déjeuner...  \nDans la cour d’une usine, sous le soleil de plomb, un ouvrier chargeait de la houille à la pelle. Sa sueur collait la poussière à sa peau...  \nUn revers de fortune était la raison de cette angoisse. Je le voyais soudain : j’aurais à travailler ; le monde cessait d’offrir sa divinité à mes caprices, je devais, pour manger, me soumettre à ses lois.  \nJe me rappelais le visage de Charles, où la peur elle-même semblait légère, et même gaie, où j’espérais encore, ce jour-là, lire une réponse à l’énigme posée par la perte de ma fortune. Je tirai la sonnette et une cloche grave, sonnant dans les profondeurs du jardin me donna un pénible sentiment. Une solennité venait de la vieille demeure. Et moi j’étais exclus du monde où la hauteur des arbres assure aux tourments la plus douce gravité .  \nRobert était le frère jumeau de Charles.  \nJ’ignorais que Charles fût malade : il l’était au point qu’à l’appel dumédecin, Robert était venu de la ville voisine. Robert m’ouvrit la porte et cene fut pas seulement de savoir Charles malade qui me laissa désemparé : Robert était le sosie de Charles, or il émanait de sa longue soutane et de sonsourire navré une sorte d’accablement.  \nDe cet accablement, je ne doute pas, aujourd’hui que, souvent, Charles ne le connût, mais à l’instant Robert criait ce que l’humeur désordonnée de Charles déguisait.  \n—Mon frère est assez malade, Monsieur, me dit-il, il doit renoncer à vous voir aujourd’hui. Il m’a demandé de vous en prévenir et de l’excuser.  \nLe sourire qui finit la phrase exquise ne pouvait lever une inquiétude qui, visiblement, le rongeait. La conversation qui suivit dans la maison se borna  \nà cette maladie soudaine et au pessimisme qu’elle motivait.  \nL’état de Charles aurait dû rendre compte à lui seul de la tristesse de l’abbé . Cette tristesse néanmoins me fit le même effet que la poussière de houillede l’usine : quelque chose l’étouffait, et il me sembla que rien ne pourraitl’aider. Je me dis quelquefois que ces traits tirés, ce regard de coupable, cette impuissance à respirer tenaient alors aux relations pénibles des deux frères : Robert pouvait ne pas se sentir innocent de cette maladie.  \nIl me sembla surtout qu’il avait deviné ma détresse et que ses regards medisaient :  \n—Voyez, c’est partout la même impuissance. Nous sommes tous dans ce monde dans la situation de criminels : et, n’en doutez plus, la justice est à nos trousses.  \nCes derniers mots donnaient le sens de son sourire.  \nJe le vis plus tard à plusieurs reprises : mais ce fut la seule fois qu’il setrahit. Il n’était pas honteux, d’ordinaire, jamais je ne revis ce regard d’homme traqué. Même, il était d’habitude assez jovial et, cruellement, Charles, qu’il irritait, parlait de lui comme d’un faiseur. Charles affectait de le maltraiter, il l’appelait rarement Robert, et plus souvent que « l’abbé », « curé ». Il marquait d’un sourire cette irrévérence, qui, s’adressant peut-être au frère, visait néanmoins la tristesse de la soutane. La gaîté de Charles était volontiers folle et il se donnait des airs d’inconséquence.  \nPourtant, il est sûr que jamais il ne cessa d’aimer Robert, de tenir à son frère plus qu’à ses maîtresses et de souffrir, sinon de sa piété, de l’affectation enjouée sous laquelle il dissimulait la détresse. 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