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Installé à Buenos Aires puis à Mexico, il tente d’échapper à la violence tout en constatant l’impossibilité de s’y soustraire. Le narrateur évoque son quotidien, sa vie de travailleur précaire devenu photographe, ses fréquentations, et la rumeur d’homosexualité qui circule dans les cercles de gauche. 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Il séjourna d’abord à Buenos Aires, ensuite les vents malsains qui soufflaient sur la république voisine le poussèrent jusqu’à Mexico, où il vécut deux années et où je fis sa connaissance.  \nIl n’était pas comme la plupart des Chiliens qui vivaient alors à Mexico DF : il ne se vantait pas d’avoir participé à une résistance plus fantomatique que réelle, il ne fréquentait pas les milieux d’exilés.  \nOn devint amis et on avait l’habitude de se rencontrer une fois parsemaine, au moins, au café La Habana, rue Bucareli, ou chez moi rue Versailles, où je vivais en ce temps-là avec ma mère et ma sœur. Les premiers mois l’Œil Silva survécut grâce à des boulots sporadiques et précaires, ensuite il réussit à décrocher un travail de photographe dans un journal du District Fédéral. Je ne me rappelle pas quel journal c’était, peutêtre E l Sol, si jamais a existé au Mexique un journal de ce nom, peut-être E l Universal, moi j’aurais préféré que ce soit El National, dont le supplément  \nculturel était dirigé par le vieux poète espagnol Juan Rejano, mais ce ne fut pas au National parce que j’y travaillais et que jamais je ne vis l’Œil à larédaction. Mais il travailla pour un journal mexicain, il n’y a pas le moindre doute là-dessus, et sa situation économique s’améliora, au début de façon imperceptible, parce que l’Œil s’était habitué à vivre de manière spartiate, mais si l’on prêtait attention aux détails on pouvait apercevoir des signes quine trompaient pas et qui témoignaient d’un mieux économique.  \nLes premiers mois au DF, par exemple, je me le rappelle vêtu desudaderas. Les derniers mois, il avait fini par s’acheter deux ou trois chemises et je l’ai même vu une fois avec une cravate, un accessoire dont nous, c’est-à-dire mes amis poètes et moi, nous n’usions jamais. De fait, leseul individu encravaté qui se soit une fois assis à notre table du café La Habana fut l’Œil.  \nÀ cette époque-là, le bruit courait que l’Œil Silva était homosexuel. Jeveux dire : dans les cercles des exilés chiliens, cette rumeur circulait, en partie comme la manifestation de la médisance et en partie comme un nouveau ragot qui alimentait la vie plutôt ennuyeuse des exilés, des gens de gauche qui pensaient, du moins à partir de la taille et vers le bas, exactement pareil que les gens de droite qui en ce temps-là avaient fait main basse sur le Chili.  \nUne fois l’Œil vint manger chez moi. 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